Le Plan national d’électrification des usages, présenté par le Gouvernement le 23 avril 2026, doit accélérer le remplacement des équipements alimentés au gaz ou au fioul par des solutions électriques. Pour les entreprises, la question n’est donc plus seulement de savoir pourquoi électrifier, mais comment le faire avec l’installation existante.
Une difficulté revient rapidement : le site dispose-t-il d’une puissance suffisante pour alimenter les nouveaux équipements sans renforcer le raccordement, remplacer le transformateur ou augmenter durablement les coûts d’exploitation ?
En bref : La puissance inscrite sur les fiches techniques ne correspond pas à la puissance réellement appelée par l’activité. L’analyse des usages, des cycles de fonctionnement et des simultanéités peut révéler une réserve de puissance exploitable. C’est tout l’enjeu de l’optimisation de puissance, l’expertise développée par RSW depuis plus de 40 ans.
Ce que le Plan d’électrification change pour les entreprises
Pour la plupart des entreprises, l’électrification ne signifie pas reconstruire entièrement un site. Elle consiste à remplacer progressivement des équipements, souvent au rythme de leur renouvellement, des contraintes réglementaires ou des possibilités de financement.
Une cuisine professionnelle remplace ses fours, ses friteuses ou ses sauteuses. Un EHPAD modernise sa production d’eau chaude et son chauffage. Une blanchisserie renouvelle ses équipements de séchage. Une usine remplace une chaudière au gaz par une pompe à chaleur industrielle ou par un procédé électrique. Un collège rénove ses cuisines et son chauffage tout en cherchant à maîtriser ses coûts d’exploitation.
L’État accompagne cette transition au moyen de plusieurs dispositifs, parmi lesquels les certificats d’économies d’énergie, les aides de l’ADEME, France 2030 et les financements de Bpifrance.
Une fois les équipements choisis et le dossier de financement préparé, le projet peut sembler prêt à démarrer. Pourtant, un obstacle reste souvent sous-estimé : la capacité de l’installation électrique existante à alimenter les nouveaux usages.
Pourquoi un projet d’électrification peut-il bloquer ?
Un équipement alimenté au gaz utilise un combustible fourni par le réseau de distribution. Lorsqu’il est remplacé par un équipement électrique, l’usage reste le même, mais l’énergie nécessaire à son fonctionnement est désormais prélevée sur l’installation électrique du site.
Si plusieurs équipements démarrent ou montent en température au même moment, leurs appels de puissance s’additionnent. Le site peut alors dépasser la puissance disponible, même si chaque équipement fonctionne correctement lorsqu’il est considéré séparément.
Cette situation concerne aussi bien les restaurants, les métiers de bouche, les hôtels et les blanchisseries que les EHPAD, les collectivités, les établissements scolaires et les sites industriels.
Le bilan de puissance : un calcul nécessaire, mais théorique
Avant d’ajouter de nouveaux équipements, les bureaux d’études réalisent un bilan de puissance. Celui-ci recense les puissances électriques nominales installées : équipements, éclairage, prises de courant, ventilation et autres usages.
Lorsque ce bilan conclut que l’installation est insuffisante, le premier réflexe consiste souvent à demander davantage de puissance. Mais la puissance électrique ne s’achète pas comme un simple abonnement supplémentaire. Elle dépend du raccordement, du comptage, des protections et des infrastructures disponibles sur le réseau local.
À partir de certains seuils, une augmentation de puissance peut donc entraîner des modifications techniques importantes.
| Câble | Puissances souscrites | Seuil | Conséquences techniques si seuil maxi dépassé |
|---|---|---|---|
| 60 A | 12 à 36 kVA | 36 kVA | Passage du tarif Bleu C5 au Jaune C4, changement du câble distributeur, évolution du comptage et du dispositif de protection. |
| 100 A | 48 à 60 kVA | 60 kVA | Tout en restant en tarif Jaune C4, changement du câble distributeur et changement du disjoncteur. |
| 200 A | 60 à 120 kVA | 120 kVA | Tout en restant en tarif Jaune C4, changement du câble distributeur avec obligation d’être directement alimenté en direct depuis le transformateur Enedis, et changement du disjoncteur. |
| 400 A | 120 à 250 kVA | 250 kVA | Passage en HTA, tarif Vert C2-C3, création d’un poste de transformation privé, nouvelles obligations d’exploitation. |
| Au-delà | Au-delà | Au-delà | Le transformateur lui-même peut devenir la limite du projet. |
Ces changements ne concernent pas uniquement les travaux initiaux. Ils peuvent également augmenter durablement les coûts d’abonnement, de maintenance et d’exploitation. Les travaux se paient une fois ; l’abonnement, lui, se paie tous les mois.
La puissance supplémentaire n’est pas non plus disponible partout ni immédiatement. Selon la capacité du réseau local, une demande peut nécessiter une extension, entraîner des délais incompatibles avec l’exploitation ou rester impossible à court terme.
La question à poser : La puissance calculée correspond-elle réellement aux besoins énergétiques et au fonctionnement de l’activité ?
La question à poser — La puissance calculée correspond-elle réellement aux besoins énergétiques et au fonctionnement de l’activité ?
Du calcul théorique au fonctionnement réel
Un bilan de puissance peut surestimer les besoins électriques d’un site, notamment lorsqu’il additionne les puissances nominales de tous les équipements. Pour obtenir une évaluation plus juste, il faut distinguer trois niveaux.
1. La puissance installée
La puissance installée correspond à la somme des puissances nominales de tous les équipements présents sur le site. Elle représente un maximum théorique, mais ne décrit pas leur utilisation réelle.
2. Le foisonnement
Le coefficient de foisonnement tient compte du fait que tous les équipements ne fonctionnent pas simultanément à pleine puissance. Il affine le calcul, mais reste une hypothèse générale.
3. Le fonctionnement réel et l’expertise RSW
La réalité est plus fine qu’un coefficient général. Un même équipement n’est pas utilisé de la même manière selon son environnement :
- dans une crèche, il peut fonctionner une heure par jour et de façon décalée ;
- dans une usine, il peut être sollicité 60 % du temps, au milieu d’autres consommateurs professionnels ;
- dans une cuisine professionnelle, son fonctionnement dépend des services, des préparations et des autres appareils utilisés au même moment.
La puissance réellement appelée dépend donc de l’équipement, mais aussi de son usage, de la durée de ses cycles, de sa priorité et de sa combinaison avec les autres consommateurs du site.
Depuis plus de quarante ans, RSW constitue une vaste bibliothèque propriétaire de profils de fonctionnement. Elle couvre des équipements de nombreux constructeurs et des situations d’exploitation variées. Cette connaissance métier alimente les algorithmes d’optimisation de RSW.
En croisant les données techniques, les scénarios d’usage et les mesures du site, RSW peut déterminer :
- quels équipements peuvent fonctionner simultanément ;
- quels appels de puissance peuvent être décalés ;
- quelles priorités doivent être respectées ;
- quelle puissance est réellement nécessaire à l’activité.
Puissance installée et puissance appelée : une différence déterminante
La puissance appelée correspond à la puissance effectivement sollicitée par les équipements à un instant donné. Elle peut être très inférieure à la puissance installée.
L’écart entre ces deux valeurs peut révéler une réserve de puissance disponible. Cette réserve peut être utilisée pour intégrer de nouveaux équipements électriques sans augmenter systématiquement la puissance souscrite ni redimensionner les infrastructures.
Un exemple mesuré sur le terrain
Sur un établissement médico-social disposant de 1 650 kW de puissance installée, l’analyse du fonctionnement réel a montré que la puissance appelée ne dépassait pas 270 kW.
Le transformateur existant a ainsi pu être conservé, sans renforcer le raccordement ni remplacer les infrastructures électriques. Le problème ne venait pas du nombre d’équipements installés, mais de l’hypothèse selon laquelle ils fonctionneraient tous simultanément.
Ce que permet le pilotage de puissance
Le pilotage de puissance ne consiste pas à empêcher l’activité de fonctionner. Il organise les appels électriques en respectant les besoins opérationnels et les priorités du site.
Cette optimisation peut permettre de :
- rendre possible l’électrification de nouveaux usages ;
- éviter ou limiter une augmentation de la puissance souscrite ;
- conserver le transformateur ou le raccordement existant ;
- réduire les travaux, les délais et les coûts associés ;
- préserver la continuité et la qualité de l’exploitation.
Pourquoi faire appel à RSW ?
RSW ne se limite pas à appliquer un coefficient théorique. Ses équipes analysent le fonctionnement réel des équipements, identifient les simultanéités et construisent des stratégies de pilotage adaptées à chaque activité.
Cette démarche permet de vérifier la puissance réellement nécessaire avant d’engager des travaux lourds sur le raccordement, le comptage ou le transformateur.
Avant d’augmenter la puissance : Mesurer les usages et étudier leur pilotage peut révéler une solution plus rapide, plus économique et mieux adaptée au fonctionnement du site.
Sources institutionnelles
Gouvernement français — Plan national d’électrification des usages, dossier du 23 avril 2026
Enedis — Classification des points de connexion C1 à C5
Enedis — Informations générales sur le prix et les délais d’un raccordement